L’EGLISE DE TIGNEE UNE HISTOIRE RICHE EN REBONDISSEMENTS

03/09/2018

Monseigneur Van Bomel était un grand administrateur, il fut nommé Evêque du Diocèse de Liège et le réorganisa, ce diocèse était assez mal en point. Après la chute de l'ancienne Principauté, les guerres de la Révolution et la carence prolongée du siège épiscopal de Liège, l'Evêque a voulu   devancer les évènements en créant de nombreuses paroisses dans notre région. Entre 1840- 1843 il créa les paroisses de Retinne, Fêcher, Barchon, Queue du Bois, Tignée-Evegnée, etc…

En 1843 le vicaire de Melen Lambert Xhaard fut nommé Curé de Tignée-Evegnée avec charge de construire l'église et le presbytère. Le curé, ou le vicaire de Melen, venait déjà à pied dire la messe le dimanche et les jours de fête d'obligation dans les deux chapelles, celle d'Evegnée et celle de Tignée laquelle se trouvait au centre du cimetière de Tignée. (Un chemin dans la campagne de Cerexhe s'appelle encore ‘' Vôye dè prièsse'')

Si le clergé fut surpris, les habitants le furent autant. Les deux administrations communales s'inquiétèrent des charges qui pouvaient leur incomber vu le petit nombre d'habitants, A Evegnée, on disait : ” Il va falloir se soumettre à Tignée” et vice versa… La première préoccupation du nouveau pasteur fut de trouver à se loger, il loua une modeste maison dans les environs de l'église actuelle et fixa le siège de la paroisse. La chapelle de Tignée était très petite, le Curé Xhaard souhaitait y ajouter une sacristie.

Les curés des villages voisins lui suggéraient de construire en premier lieu un presbytère. Après de nombreux pourparlers, entretiens et négociations, deux maisons situées au fond du village sont achetées au nom de la Fabrique d'église et la construction du presbytère actuel est réalisée en 1850.

Vient ensuite la construction de l'église, il était assez naturel de la construire à l'emplacement de la chapelle mais ce fut impossible en raison de l'exigence du propriétaire de la parcelle attenante. Il songea aussi à la rapprocher d'Evegnée.

La plus grande difficulté qu'il rencontra fut le choix du terrain.

Et enfin se décida après de nombreuses palabres à acheter un terrain à la famille Franck et aux Hospices civils de Liège car le curé voulait faire beau. Il ne voulait pas que son église fut inférieure aux autres surtout pas à celle de Melen.

Le 25 novembre 1868 devant Edouard Dupont notaire à Saive , Monsieur Jean Franck vend une parcelle de terrain de cinq cent trente-cinq centiares à prendre dans une prairie située à Tignée. Le curé fait aussi l'acquisition d'une parcelle de terrain appartenant à la commune de Tignée. Ces terrains sont destinés à servir d'implantation à la nouvelle église. Les sommes ont été payées par un partenaire privé: Monsieur le Docteur Picard de Cheratte.

 

La seconde difficulté fut le choix du plan de l'architecte et du style de l'église.

L'architecte le plus réputé en cette période était monsieur Halkin qui avait construit ou restauré plusieurs églises dans la région. L'église projetée serait du style ogival primaire à trois nefs. Des fonds avaient été réunis pendant vingt ans… Le bâtiment de l'église fut terminé en 1868.
 

Cette construction avait occupé, et préoccupé et tracassé le curé Xhaard. Durant cette période une importante polémique concernant le partage des biens entre la Fabrique d'église de Melen et d'Evegnée-Tignée a empoisonné la vie du fondateur de la paroisse. Le curé de Melen n'a pas voulu céder les terrains qu'elle possédait sur Evegnée-Tignée laissant la nouvelle paroisse, sans ressource. Monsieur Le curé Xhaard mourut le 2 août 1875 à l'âge de 64 ans et fut enterré dans le cimetière de Tignée . Sa tombe est à l'emplacement du chœur de la chapelle.

Après l'abbé Xhaard, plusieurs curés furent nommés pour la paroisse de Tignée- Evegnée

 

  • Le curé Herzet 1875 à 1894

  • Le Curé Tossens de 1894 à 1900

  • Le Curé Van Gent de 1900 à 1903

  • Le Curé Van Strydonck 1903 à 1910

    Dans les suites de la construction tous ces abbés sont très préoccupés par l'ameublement de l'église nouvelle, ainsi que par l'état lamentable de la chapelle d'Evegnée.
     

La nuit du 18 juillet 1906 une tragédie s'abat sur le village de Tignée : la foudre tombe sur l'église et un incendie terrible anéantit l'œuvre du curé Xhaard. C'est alors la chapelle d'Evegnée qui servit de lieu de culte durant deux ans

 

Rapidement après le sinsitre, on s'appliqua à a reconstruction de l'église

 

 


A cette époque le curé était maître d'œuvre il faisait approuver ses idées par le conseil de Fabrique.

Le curé Van Strydonck se mit donc courageusement à l'œuvre. La compagnie d'assurance intervint pour une partie et des circulaires furent lancées dans la Belgique entière pour récolter des fonds.

L'architecte Monseur d'Ayeneux dresse les plans de la restauration, ils sont approuvés par le conseil de Fabrique lors de la séance du 2 septembre 1906 Le président et secrétaire de l'époque sont Monsieur H. Beauwens. N. Baiverlin Ensuite le 7 septembre 1906, le bourgmestre J. Franck et le Conseil communal acceptent le projet.

La consécration de l'église a lieu en avril 1908.

De 1910 à 1918 le curé Fossoul et les villageois subirent la guerre de 1914 et la présence du fort à proximité. L'église et le presbytère furent épargnés et il n'y eut pas de victimes. Le curé O. Mélon,(1918 -1954) a été la cheville ouvrière de la restauration de la chapelle et de l'église.

 

 

 

Le 10 mai 1940, la guerre éclate et pendant la campagne des 18 jours, le fort d'Evegnée tire sur l'église. La flèche de la tour bascule sur le toit et enfonce le jubé. Les orgues, les fenêtres et les vitraux sont détruits et l'église pillée. Pour protéger la tour, les cloches et les orgues, une toiture provisoire est installée. En 1943 sur ordre des Allemands, de nombreuses cloches sont saisies à Tignée et La plus petite est descendue pour être refondue.

La guerre terminée entre 1945 et 1950, le curé Mélon et la fabrique d'église ont mené à bien la restauration de l'église et de la chapelle à l'aide des fonds attribués par les dommages de guerre.

Anecdote : Lors de la restauration de la flèche de l'église dans les années 1948-49 l'échafaudage monté sur la flèche de la tour a basculé entraînant 3 ouvriers dans le vide. L'un est parvenu à s'accrocher à la corniche du grand toit, le 2ème est resté suspendu à la corniche du petit toit le 3ème tombe sur le sol au pied de l'église. Par miracle, il s'en sort avec une fracture et quelques contusions. L'épouse de Mr Kunbben dit le Bourré, qui était assise devant sa maison et a assisté à l'accident en est restée choquée jusque la fin de ces jours.

  

Monsieur le curé Octave Mélon décède le jeudi 9 décembre 1954 pendant la célébration de la messe du matin après 36 ans au service de la paroisse.

Plusieurs curés se succèdent ensuite : Aimon, Demaret, Rahier.

Le 30 juillet 1997 suite à la visite de monsieur Dutrecq, expert du laboratoire de Gembloux, on constate que certaines charpentes sont attaquées par le capricorne des maisons.

 

Le 29 juillet 1998, un arrêté de police, est pris. Le Bourgmestre déclare :

Attendu que l'état sanitaire des boiseries de l'église de Tignée n'offre plus de garantie suffisante.

Attendu que la boiserie est fortement attaquée par les insectes

Attendu que la stabilité de la charpente est sérieusement affaiblie ;

Vu le rapport de l'architecte, Alain Delchef en interdit d'accès car elle menace ruine.

Diverses réunions concernant sa restauration en concertation avec la commune et des partenaires privés n'ont jamais abouti à un projet concret.

Le 7 septembre 2005 le Vicaire Episcopal (R.Collinet), pour l'Evêque de Liège demande à Monsieur Philippe COURARD, Ministre des affaires Intérieures, d'interdire toute l'affection au culte, de l'église de Tignée que ce soit terme église paroissiale, chapelle, ou annexe. La fabrique d'église est mandatée pour en trouver une affectation qui corresponde à son histoire, et à l'attachement que la population lui porte légitimement. A plusieurs reprises la fabrique d'église a été avertie des responsabilités qu'elle aurait à assurer dans la nouvelle situation.

Elle a refusé jusqu'ici les propositions qui lui ont été faites.

Un courrier du 6 avril 2007 émanant du ministre Courard adressé à Monseigneur Jousten Evêque de Liège, confirme le courrier du 7 septembre 2005. Il déclare :

1° La désaffection au culte de l'église paroissiale Saint Lambert de Tignée

2°La désignation de la chapelle Notre Dame d'Evegnée en église paroissiale.

Vu l'avis favorable de Madame le Ministre de la justice en date du 29 décembre 2005, Vu l'avis du conseil de Fabrique de la paroisse Saint-Lambert de Tignée,

du 18 mars 2006, Vu l'avis du Conseil communal de Soumagne en date du 22 mai 2006, l'église paroissiale Saint-Lambert de Tignée (commune de Soumagne) est désaffectée.

Et pourtant : Dans le journal La Gazette de Liège du samedi 3 octobre 2009 Monseigneur Aloys Jousten déclarait : L'église est un lieu de prière de mémoire. Il faut que dans les villes et les campagnes les gens se battent pour qu'elle reste.

Dans Eglise de Liège : Texte de madame Isabelle LECLERCQ directeur des Fabriques d'églises.

Quant à la désaffection des bâtiments de culte : Nos églises ne sont pas seulement des lieux de culte dans le sens de la messe dominicale, ce sont des lieux de prière, des maisons dans lesquelles les chrétiens peuvent se rassembler Les églises sont des lieux fréquentés si elles sont ouvertes. Il faut les laisser au milieu du village. Tant que l'église est là et qu'elle a une destination, il n'y a pas lieu de la fermer. Nos églises sont déjà très souvent des espaces culturels. On y fait des lieux de prière aussi longtemps que les gens en veulent. Ce n'est pas aux pouvoirs communaux de décider qu'on va fermer une église. C'est à l'Evêque d'en décider, conformément à la loi et au principe de non ingérence des pouvoirs publics dans les affaires internes de l'Eglise

Seul l'Evêque de Liège avait le pouvoir de sauver l'église Saint Lambert de Tignée

La chapelle d'Evegnée est donc toujours venue au secours de l'église paroissiale de Tignée. En 1906 après l'incendie, en 1940 lors de destruction par le fort, en 1998 lors de la fermeture par l'Evêque.

Voilà donc la chapelle promue définitivement au rang d'église paroissiale. Comme dans les années 1800 le curé de Melen prend son bâton de pèlerin pour venir dire la messe le samedi ou le dimanche à la chapelle. En homme moderne et donc pressé a adopté le cheval vapeur.

Voici donc retracée en quelques lignes l'histoire mouvementée d'une modeste église paroissiale qui va retrouver une nouvelle affectation. Elle gardera sa fonction d'accueil et la gestion est confiée à l'association dénommée ‘'Rassemblement des sociétés Compagnonniques Francophones en Belgique''   

Elle a pour but de regrouper les compagnons qui exercent dans les métiers du bâtiment ou autres et qui désirent le rapprochement, l'étude et la propagation des vieux devoirs du compagnonnage.

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