De ferme en ferme : chez Delnooz

03/09/2018

Les Irréductibles Delnooz...

 

Le Vî Tiyou est allé en mission dans le cadre de ses mini-reportages sur les fermes de notre village, rue Frumhy, au numéro 44.... Parvenir jusque là, c'est presque comme traverser lignes et voies romaines pour parvenir au village Gaulois d'Astérix...

 

 

 

Cette ferme est complètement encerclée, non par les camps de Petitbonum ou Babaorum (quoique... avec la boulangerie Derkenne et la Petite Fournée de part et d'autres, il y aurait effectivement de quoi se trouver (un) baba...) mais plutôt par l'autoroute, le zoning industriel et la grand-route Micheroux-Barchon. Aux dires de ses propriétaires, c'est tout le contraire de la ferme idéale, et pourtant notre vaillant Astérix, c'est Lambert Delnooz. Irène prépare la potion magique pour lui et tous les occupants de la ferme: des dizaines de vaches, veaux, génisses, des dizaines de poules pondeuses...Lambert et Irène se sont mariés en 1969 et ont repris directement l'exploitation aux parents de Lambert avec lesquels ils n'ont cohabité que 15 jours. Lambert a dénombré 36 fermes à l'époque, il en reste 4 aujourd'hui... Lambert habitait le bâtiment que ses parents louaient à la famille Henry-Blistin depuis 1945. Âgé alors de 2 ans, il y a grandi avec ses 5 frères et soeurs aînés. Déjà lors de sa dernière année d'école, Lambert trayait avec sa soeur et nettoyait les étables à la brouette. En 1954, les parents de Lambert investirent dans une machine à traire. Les bâtiments de ferme (achetés en 1990 avec un hectare 75) ont subi peu de modifications majeures à part un hangar, le placement de grilles dans les étables et l'installation d'un pipeline plus refroidisseur pour la traite. L'exploitation loue environ 27 hectares et fait appel à l'entreprise agricole pour les gros travaux et les récoltes. Lambert et Irène ne sont que deux à travailler à la ferme.

 

Pour Irène, ce n'était pas gagné d'avance, car elle n'était "pas du métier" comme on disait autrefois. Son papa, René Bontemps, était fontainier au village. Mais Irène était probablement aussi volontaire que sa maman polonaise, et quand elle se lia à Lambert autrement qu'en le fréquentant sur les bancs de l'école du village, elle se prépara sérieusement deux ans à sa future vie de fermière... Elle habitait rue du Village, en face de la chapelle, à côté de la ferme "Xhonneux", actuellement propriété de la famille Neuzy. Quand elle pouvait, elle se mêlait à la vie de la ferme d'à côté, observait et se débrouillait même pour pouvoir, pendant les vacances du bureau, apprendre à traire les vaches chez la cousine des voisins...

 

Une fois mariée, Irène abandonna son travail dans les bureaux de chez Massin, magasin d'électroménagers à Fléron. Au début, elle cru bien qu'elle n'arriverait jamais à lier une vache... Il fallait aussi mettre une sangle sur le dos de la bête, la lier par dessous et y suspendre un gros pot en inox en plaçant les tétines. On vidait au fur et à mesure le pot dans des seaux que l'on portait dans la laiterie. Le lait devait être filtré sur une cruche que l'on sortait dans la cour pour le passage du camion de la laiterie. Ensuite, tout le matériel de laiterie devait être récuré soigneusement. Ce petit "jeu" avait lieu deux fois par jours, sept jours sur sept... De 1969 à 2007, le service de remplacement n'est venu que 5 jours pour leur permettre d'assister à deux mariages ou se soigner. Irène et Lambert ne sont jamais partis en vacances mais ils disent que ça ne leur a jamais manqué au cours de leurs 38 ans de mariage.

Lambert et Irène ont élevé deux enfants, Eric, qui est ingénieur, et Nathalie, qui est puéricultrice. Quand les enfants étaient petits, les parents d'Irène venaient les garder souvent pendant la traite du soir. Si la famille était invitée quelque part à cette heure-là, alors Eric et Nathalie partaient plus tôt avec leurs grands-parents, oncle ou tante. C'est comme ça qu'on s'organisait: en famille. Le statut d'agriculteur, c'est pas rose tous les jours dit Lambert, mais on tâche de ne retenir que le meilleur. Par exemple les fenaisons suivies du repas du soir avec les jeunes du village venus prêter mains fortes pour l'occasion. Les veillées se poursuivaient parfois jusque 23H ou minuit.

 

Tout le monde en sortait fatigué mais l'ambiance était tellement bonne, peut-être comme dans les festins à la fin de chaque aventure d'Astérix... Beaucoup doivent encore en avoir de merveilleux souvenirs: Michel, Luc, Jean-François, Pierre-Yves, Pascal, Philippe et tous les autres de cette génération qui se reconnaîtront même s'ils ne sont pas cités. Le travail de fermier est un travail dur dit Irène, mais on est chez soi et pas dans les bouchons ni le trafic... Je pense qu'en nous disant ça, Irène nous révèle combien ce trafic a pu leur empoisonner l'existence... En effet, faire traverser la grand-route par des troupeaux de vaches, c'est toujours devenu plus périlleux avec l'augmentation du parc automobile. Irène en a entendu des automobilistes impatients, une dame s'est une fois plainte de ses surgelés qui fondaient dans son coffre...

Lambert se considère comme un jardinier de la nature et il craint pour l'avenir du métier. Débuter demande beaucoup de capitaux, de courage et de chance aussi. Vous êtes soumis aux caprices de la météo, vous devez vous tenir au courant des directives européennes, de l'ARFSCA, des normes en vigueur. Vous devez être présents et tout lier à votre métier sept jours sur sept. Trouver l'âme soeur peut être problématique: elle doit avoir bon moral, gérer les finances, aimer le métier. On ne sait rien prévoir car il y a toujours des impondérables comme les vélages ou les visites vétérinaires. En 1987, tout le cheptel de Lambert et Irène a du être éliminé pour cause d'épidémie de brucellose... Il a fallu tout recommencer avec de nouvelles bêtes et ça, même une indemnisation ne le compense pas.

Depuis ce 1er avril 2007, à 64 ans, Lambert a arrêté de traire, c'est un peu comme une prépension... mais il reste du travail avec les vaches allaitantes, les poules pondeuses et les terres. Irène et Lambert ont eu peur de faire "l'année de trop" et ont décidé de remettre leur quota laitier. Nous leur souhaitons de profiter un maximum de cette nouvelle vie sans les contraintes de la traite biquotidienne. Merci Lambert, merci Irène pour votre bon accueil dans vos installations et pour la gentillesse avec laquelle vous avez répondu "au pied levé" aux questions curieuses du Vî Tiyou.

 

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