La ferme "OTTEN-DOBBELSTEIN"

03/09/2018

DE FERME EN FERME…

 

La Ferme Otten ou le petit monde de Marie-Claire… Marie-Claire OTTEN-DOBBELSTEIN

 

Vous entrez librement dans l'enceinte de la ferme Otten et vous sonnez à la porte du corps de logis...  d'emblée vous êtes l'invité de Marie-Claire...  Tout y est vrai , sans artifice et avec le sourire au cœur...
 

Cette ferme est depuis 1990 la propriété de Marie-Claire et Hubert Otten-Dobbelstein. Les parents de Marie-Claire la louaient déjà aux Gilson frère et sœur. Hubert et Marie-Claire se sont mariés en 1978 et ont habité près de la pêcherie à Cerexhe jusqu'en 1982, année à partir de laquelle ils ont rejoint Evegnée définitivement. C'est en 1990 qu'ils se sont investis dans l'exploitation agricole de la maman de Marie-Claire en association avec elle jusqu'en 1999 et seuls ensuite, de front avec l'entreprise agricole qui a pour raison sociale la location de machines et de main d'œuvre destinées à des clients fermiers avoisinants qui ne sont pas outillés pour certains travaux spécifiques. Quant à l'exploitation agricole, par rapport à d'autres que nous irons aussi visiter dans le village très prochainement, elle est relativement modeste.

C'est qu'il en faut de la motivation, du courage, de l'inventivité, de la ténacité pour survivre comme agriculteurs de nos jours... C'est un métier à part, que dis-je, une vie à part, une vocation même... Ne jamais partir en vacances, être là, toujours, avec comme quartier général les étables ou la cuisine, téléphone ou sonnette à portée d'ouïe... Bien sûr il y a maintenant "le service de remplacement" si on doit s'absenter, mais tout se paie cher. Etre femme d'agriculteur ça demande l'amour du métier et la participation active à l'aventure... Néanmoins, de plus en plus d'épouses d'agriculteurs travaillent à l'extérieur malgré tout, ce qui permet à chacun de trouver botte ou sabot à son pied  dans ce métier dont on a parfois entendu dire qu'il fallait se trouver quelqu'un plus à l'Est de l'Europe.

 

On y vit au rythme des saisons sûrement, on y est son propre maître, mais il faut aimer et s'accommoder des visites permanentes, des caprices de la nature sur les bêtes ou les fenaisons. On se lève tôt pour traire à 7 heures, déjeuner prévu vers 9H après les soins au bétail.. Il faut toujours être aux nouvelles: la météo, le cours du lait ou des céréales toujours trop bas, ou de la viande... Les tracasseries administratives sont plutôt lourdes et croissantes pour Marie-Claire qui gère aussi bien les comptes de l'exploitation que ceux de l'entreprise agricole... Six ouvriers à manager, une famille à choyer,  quatre repas par jour à mettre sur la table à horaires fixés (dont un solide petit déjeuner à base de fricassée...), une hygiène rigoureuse à respecter,...

 

Notre Marie-Claire a fort à faire et, quand on lui parle vacances, politique ou affaires intercommunautaires ou européennes, elle préfère faire l'innocente, mais en insistant un peu, on apprend qu'il faut savoir houspiller les autorités communales, se soumettre tant que faire se peut aux normes toujours plus exigeantes des Régions Wallonne et Flamande... La politique se pratique beaucoup moins que le travail chez Otten, non qu'on n'y pense pas, mais surtout qu'on n'en n'a guère le temps, les journées filent si vite les unes après les autres... En 29 ans de mariage, Hubert et Marie-Claire sont partis seulement trois jours dans le midi de la France à Toulouse, voyage en avion payé par une firme...

  Façade arrière du corps de logis (photo: 2007)

 

Et pourtant notre Marie-Claire chante à la chorale, y prépare infatigablement le café aussi... Notre Marie-Claire est une animatrice de réunions Tupperware à ses heures... Le jour de la Procession villageoise, c'est encore elle qui mobilise tout son entourage pour le désormais traditionnel barbecue paroissial où il fait si bon se retrouver entre voisins au-delà des fêtes religieuses...  Marie-Claire, c'est la bonté même, elle ne ferait de mal à aucune mouche et pourtant il parait qu'il y en a beaucoup par ici aux dires de certains citadins, villageois d'adoption...

Etre agriculteur de nos jours, c'est accepter les changements, se tourner vers l'avenir, se poser les bonnes questions... Oui, certes, des bêtes il en faudra toujours, mais il faut se diversifier et les jeunes stagiaires issus de l'école d'agriculture de La Reid ou Ciney et qui passent à la ferme devront encore y réfléchir à deux fois, ce n'est pas un métier facile, et il faut avoir les reins solides pour investir ou quand une pollution au PCB vous attrape sans crier gare... Tout un cheptel à renouveler, sans aide immédiate, c'est un vrai coup dur dont on ne se relève pas facilement sans y laisser des plumes, enfin des poils... Une hirondelle ne fait pas le printemps...
Hubert Otten et Marie-Claire ont élevé trois enfants: Titi qui a épousé un agriculteur et embrasse aussi le métier, Pascale qui vient de reprendre le resto Le Vieil Aubel 1 et Thierry qui s'occupe activement de l'entreprise agricole familiale. Aucun d'entre eux n'a jamais fait ressentir à ses parents que cette vie était rude et accaparante, Tous trois se sont épanouis dans une voie propre à leurs convictions et se sont toujours sentis bien dans le travail, une jolie réussite de parents, un exemple même, quand de nos jours certaines familles qu'on qualifierait de plus conventionnelles ou plus gâtées par le sort cherchent un bon chemin. Mais où est la norme ? Qui détient le bon filon ?

 

Chez Otten, ce sont cent cinquante poules pondeuses, quarante vaches à traire deux fois par jour, une vingtaine de jeunes bêtes, un taureau reproducteur et un régiment de machines à réviser et à faire tourner pour en obtenir un rendement optimal... Des énormes bâtiments à entretenir et à moderniser sans cesse, des prés à faner, des champs à labourer, à semer partout dans la région... Du lait, du beurre, de la crème, de la maquée, des œufs à vendre et à revendre ... Et si vous voulez un bon morceau de viande, touchez-en un mot à Marie-Claire, elle connait les bonnes adresses, c'est pas du bluff, n'hésitez pas, conseil d'amie...

Nous sommes à 10 km de Liège et, franchement, faire un tour chez Otten ça vous dope le moral... La plupart d'entre nous ignore ce qu'est la vie d'un agriculteur et surtout combien il est nécessaire que la profession survive... Que serons-nous  à l'ère des steaks en poudre et des salades ou du lait et des œufs en pilules ? Il parait que certains jeunes enfants des villes n'ont aucune idée d'où proviennent les œufs, le beurre, la viande ou le lait... Certains bambins sont persuadés que les vaches sont mauves comme les emballages et les pubs de chez Milka, c'est inouï quand même ! Le Vî Tiyou a rendu visite à Marie-Claire à un triste moment, Hubert venait de se faire couper deux doigts de la main droite dans une machine... Une catastrophe, évidemment et pourtant il a dit qu'il s'estimait encore heureux qu'il lui soit resté trois doigts... Quelle pêche !

On s'amuse parfois beaucoup à la ferme aussi... Figurez-vous que c'est notre brave Marie-Claire qui a répondu positivement à l'appel pour se mettre à quatre pattes lorsqu'on construisit  de nouvelles stalles pour les vaches et qu'il fallut prendre mesure pour placer les grilles à purin au bon endroit... Une autre fois, Monsieur Dobbelstein, le père de Marie-Claire, accepta d'aller chez le quincailler Lambert pour y acheter une "pelle Téfal qui ne collait jamais", ce fut l'hilarité générale aussi bien chez Lambert qu'à la ferme…

 

 Vues de la ferme en 1990. La partie la plus ancienne du corps de logis date de 1747.

 

 

 

 

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