Charles et Mathieu Colson : le tandem du mercredi depuis 23 ans

03/09/2018

 

 

 

C'est tout petits, vers 4 ou 5 ans, que Charles et Mathieu Colson découvrent la petite reine, s'essayant en famille avec un vieux vélo muni de stabilisateurs dans les prairies autour de la ferme familiale. Nous sommes dans les années 50, ils sont les cadets d'une famille nombreuse de 7 enfants où l'on se passe les bécanes de l'un à l'autre, en attendant un supposé vélo neuf comme cadeau de communion.

 

Dès 6 ans, la bicyclette deviendra leur moyen de déplacement favori pour se rendre à l'école primaire du village même si, d'après leur institutrice, « ils ne sont pas assurés » en cas d'accident. Et il y en eut pourtant… Charles se cassa le nez à deux reprises à trois semaines d'intervalle alors qu'il avait 10 ans et regardait les moutons un peu distraitement dans le bas du Matefosse pour la première cassure et alors qu'il se rendait à une communion après avoir oublié de boulonner sa roue avant pour la seconde.

 

Quant à Mathieu il se brisa la jambe à 6 ans, se prenant le pied dans la roue alors qu'il était sur le garde-boue du vélo d'Albert, son cadet. C'est le boulanger Kohl qui le ramassa dans le caniveau et le ramena. Il est vrai que les frères enfourchaient parfois leur bicyclette d'une manière spéciale et collective. Il n'était pas rare de les voir sur le cadre ou sur le porte-bagages ramenant un camarade de l'école sur une bicyclette commune…

 

On a vu Mathieu muni d'un mouchoir faire des chemins dans le Matefosse entre le bac abreuvoir des vaches en face de la ferme Massart et son frère, tombé bien plus haut en face de chez Rose Walthéry, afin de nettoyer les plaies de son petit frère avant de rentrer à la maison. Quand c'était grave, Jacques Lechanteur jouait les ambulanciers de service et conduisait les blessés à l'hôpital de Bavière avec sa « Zéphyr »… Le vélo a accompagné Charles et Mathieu pendant toute leur jeunesse. Ils roulaient dans la cour, autour des parterres ou « faisaient du cross » dans le remblais derrière la ferme familiale, là où l'on évacuait le « crassier » de Jupille (cendres de la centrale). Ils faisaient aussi la course avec Roger Missaire et José Theunissen dans les rues du village ou simulaient des étapes du Tour de France…

 

 

 

Au seuil de l'adolescence, Mathieu et Charles continuèrent à arpenter le chemin de l'école avec leur vélo : vers Fléron pour le premier et vers Herve pour le second. Ils commencèrent aussi à élargir leurs rayons de promenades aux villages des alentours, visitant les camps de patro à Lorce ou ailleurs et participant à des courses cyclistes locales, empruntant pour l'occasion un équipement de cycliste à un copain qui courait plus régulièrement.

 

C'est en 1983, justement après l'une de ces courses de village en équipe que Mathieu décida de s'entraîner plus sérieusement à raison d'une sortie par semaine le mercredi. En effet, il se sentait à l'aise dans le cyclisme plus que dans d'autres sports soit d'équipe ou de balle pour lesquels il se trouvait maladroit et un peu gauche. C'était aussi le cas de son frère Charles qui ne tarda pas à l'accompagner lors de ses sorties hebdomadaires.

 

Ils avaient alors 33 et 34 ans et roulaient sur des vélos empruntés à André Noirhomme pour Mathieu et à Pierre-Yves Dethier pour Charles… A leurs débuts, les sorties ne dépassaient pas 20 km mais l'entraînement venant, ils finirent par aborder des tours de 100 km en été et 50 km en hiver, sillonnant les Fourons, les Cantons de l'Est, Remouchamps, Val Dieu, le Condroz ou même Stavelot… Assez vite Charles, enfin, façon de parler car il avait quand même 33 ans, cessa d'emprunter le vélo de son neveu Pierre-Yves et s'acheta sa première machine neuve et personnelle, un rutilant vélo de course Peugeot de chez Georges Vincent à Soumagne. Bien sûr, dans le même temps ou presque, Mathieu se paya aussi un nouveau vélo de course : un Motobecane de chez Bailly à Beyne…

 

Nos deux compères étaient enfin équipés et purent s'adonner à leur sport très régulièrement ne ratant un mercredi d'entraînement que très rarement, l'un partant seul si l'autre était absent ou maintenant leur condition physique en marchant deux ou trois heures si le temps neigeux rendait la sortie vélocipédique impossible.

 

 

Tous deux enrichirent encore leur expérience en roulant avec des copains pour Mathieu, organisant des randonnées ou de véritables périples avec son autre frère Albert pour Charles. Le vélo prit toujours de plus en plus de place et devint au fil des années leur principal loisir. Charles comptabilise un nombre impressionnant de randonnées « entre hommes » comme Banneux-Lourdes ou Banneux-Rome, l'ascension de nombreux cols célèbres comme le Galibier, le Mont Ventoux, le Tour Malet, l'Isoard, les Deux Alpes ou La Madeleine pour la France mais aussi le Grand Saint Bernard pour l' Italie ou le Grossglockner pour l' Autriche… Quand Charles part avec son vélo, c'est à la fois l'aventure, car il loge sans réservation préalable, au hasard de ses étapes, dans des hôtels style Campanile mais aussi la prudence et l'organisation avec la voiture suiveuse pour le ravitaillement et le suivi technique… Parfois Mathieu est du voyage et ce sont ses seules vacances car en principe il ne quitte pas son Evegnée natal… Pendant ses congés, Mathieu a plutôt l'habitude de se perdre dans nos campagnes et surtout dans nos fêtes de village avec son vélo à des heures vespérales qui peuvent devenir matinales… Mais pour l'un comme pour l'autre : « pas de vacances sans vélo » même si, parfois, c'est très pénible. Ainsi, lors du défi de Lourdes, Mathieu avait des brûlures plutôt mal placées et Charles, voulant le soulager, lui donna à appliquer localement un tube de pommade anti-inflammatoire qui se révéla être de la pommade chauffante… Mathieu en avait les larmes aux yeux à tel point que Charles, ne sachant que faire pour se rattraper, vidait tout en pédalant des bidons d'eau glacée sur les fesses des son frère pour les lui refroidir. Le défi se transforma alors en véritable pèlerinage… Une autre fois, à l'Alpe d'Huez, une étape de 80 km dont 40 km de côtes qu'il abordait sans préparation spécifique, Charles se décourageait après les premiers 4 Km seulement et répétait à Mathieu « On ne l'aura jamais, on ne l'aura jamais »… Pourtant ils y sont arrivés et ont même enchaîné avec deux cols supplémentaires le même jour…

 

 

 

 

 

Dorénavant, quand vous verrez passer Charles en équipement Lotto sur son vélo Eddy Merckx et Mathieu pédalant sur son Bianchi le mercredi matin dans les rues du village vous comprendrez mieux pourquoi ils affichent une vraie forme avec leur cinquantaine bien sonnée. Leur excellente condition physique (178 cm / 76 kg pour Charles et 171 cm / 69 kg pour Mathieu), ils la doivent non seulement à une saine passion issue d'une tradition familiale où l'on se déplaçait à vélo mais aussi à une détermination exemplaire. Ces deux frères trouvent leur plaisir depuis plus de 23 ans sur les parcours vallonnés et les routes tranquilles de notre belle région, tout simplement, tout calmement, loin des idées de performances et de tout ce qui détruit malheureusement le sport de nos jours, même si, assurément, de grands champions comme Eddy Merckx ont donné à des kyrielles de gamins le goût de les imiter dans l'effort physique et le dépassement de soi.

 

 


BRAVO à ces deux sportifs locaux !

 

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