Justin Sauvenier

03/09/2018

 

 

 

 

En passant rue Canada (par erreur, j'ai, à juste titre, la réputation de me perdre partout…) pour préparer cette balade, mon regard s'est posé sur une plaque commémorative, toute de pierre bleue et gravée de lettres noires. Ma curiosité et mon goût pour la Petite Histoire m'ont poussée à lire : « Dans cette maison vécut et se forma à la vie littéraire Justin Sauvenier, poète et romancier 1898-1934. Ses amis, le 15 avril 1935 ».

Ne connaissant rien de ce qui avait rendu si illustre cet enfant du pays, j'ai cherché à savoir… Pas si facile mais avec un peu de ténacité et l'aide de quelques âmes éclairées que je remercie (Guy Massart et Pierre Demarche), j'ai pu non seulement étancher un peu ma soif de connaissances mais aussi découvrir un vrai trésor du terroir : un personnage de grand talent qui ne vécut que 36 ans mais qui nous laissa une œuvre inattendue, impressionnante et variée. Je vous invite à faire sa connaissance et à partager ce que j'ai appris sur cet enfant de Barchon qui a bien mérité qu'on entretienne sa mémoire.

Justin Sauvenier naquit le 18 mars 1898 à Barchon au lieu-dit « Aux grandes Communes » (rue Canada actuellement). Après ses études primaires, il travailla avec son père qui était forgeron armurier. Son terrain de jeux furent les vergers avoisinants, certainement en partie ceux où cette balade vous amène…

Quand la guerre éclata, il eut le loisir de s'adonner aux lectures et à la rêverie entourés de bons guides. Il suivit ensuite à Liège des cours de comptabilité et de sténodactylographie, ce qui lui permit de gagner sa vie. Le soir, aidé d'un pharmacien de Queue du Bois, Monsieur Fléron, il s'initiait au grec et au latin. Très jeune, Justin écrivit ses premiers vers et ses premiers essais dramatiques. Une double crise d'adolescence fut à l'origine en 1920 de l'édition des « Ailes Divines » (l'Aile de la Foi et l'Aile de l'Amour). Justin se partageait entre son gagne-pain, ses études, le théâtre, le militantisme (il était démocrate-chrétien) et son Art.

Il suivit ensuite les cours de la Faculté de Philologie romane à l'Université de Liège, faisant une bonne partie du chemin à pied… Il se fiança et travailla sans rémunération décente comme professeur de langues dans une école libre à Liège. Il obtint aussi une place à la Bibliothèque de l'Université.

Pour se marier et subvenir aux besoins de son futur foyer, il s'exila à Anvers en 1924. Il fut professeur de langue et de littérature française au Collège Albert 1er où il accomplissait son devoir d'enseignant comme un sacerdoce. Peu à peu, sa réputation fit de lui un conférencier disputé. Il enseigna en même temps à des jeunes filles de l'Institut Belpaire et donna des leçons particulières. Néanmoins, on était en pleine guerre scolaire et il était très mal payé. D'autant plus qu'en janvier 1936, naquit sa fille Paulette. Ce qui l'obligea à prendre un travail supplémentaire : journaliste au Neptune, quotidien à la discipline athée et libérale qui contrariait quelque peu son opinion mais il parvenait toujours à manœuvrer pour ne pas trahir sa conscience... Son ménage se monta meuble par meuble et il devint un esclave du travail trouvant encore le temps de recevoir chez lui rue du Taureau à Anvers, professeurs et journalistes francophones épris d'art et de littérature française.

C'est la nuit que Justin écrivait ses livres et se consacrait à son œuvre. Il brûla ainsi la chandelle par les deux bouts et, surmené, usé il s'écroula le 15 avril 1934 au Journal Le Neptune à Anvers. Quelques heures plus tard il décéda à l'hôpital suite à une crise d'urémie sans avoir reconnu ni sa femme ni sa fille.

Son corps sera ramené d'Anvers à Barchon pour y être enterré une journée de printemps où les vergers étaient en fleurs… Il laissa derrière lui une œuvre qui ne mérite pas de rester dans l'oubli.

Pour ceux qui voudraient connaître mieux le style de cet auteur « bien de chez nous », je peux prêter « André Grétry » ou « André Maurois » sur simple demande, ça vaut la peine. Je dispose aussi d'une biographie complète réalisée par Pierre Demarche en 1983.


Liste non exhaustive de son oeuvre :

 

Poète :


« Esquisses au Pastel » 1919
« Les Ailes Divines » 1922
« Mon rêve eut des ailes divines
L'une plus blanche, c'est la Foi
L'autre, lecteur, tu le devines :
C'est l'amour qui vibre en moi »
« Miroir d'une Âme » 1924
« Glanes d'Or ou Guirlandes à Ma Fille » (inédit)

Dramaturge :


« Le Départ » : un acte en vers 1918
« Péché d'Autrui » : 3 actes 1927
« Je ne suis plus rien » 3 actes 1927
« L'instinct Inassouvi » inédit

Essayiste critique, biographe :


« Edmond Glesener » 1929
« Mes Amitiés Spirituelles : André Maurois » 1932
« Léon Daudet : Un Humaniste Rabelaisien » 1933
« André Grétry » 1934

Chroniqueur dans :


La Revue Sincère
Terre Wallonne
Feuilletons du Neptune
Le Flambeau
J'Ose

Romancier :


« Une femme s'en alla » 1931

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