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Editorial Vî Tiyou 65 - Faire ses Pâques



Quelles que soient nos croyances, nul n’ignore que nous entrons dans la période de la fête de Pâques. Pour les chrétiens, c’est la plus grande fête de l’année liturgique. Pour tous, le lundi de Pâques est le deuxième jour férié payé de l’année (après le 1er janvier).

Comment se vivait cette fête dans nos campagnes quand nous étions un rien plus jeunes ?

Notre village, c’était essentiellement des familles d’agriculteurs, des fermiers comme on disait, où la pratique religieuse était courante.

Il était obligatoire, d’après l’Eglise d’alors, de faire ses Pâques une fois l’année, au moment de cette fête. Il fallait donc aller à la communion après avoir été à confesse. Normal : pour recevoir l’hostie, le corps du Christ, il fallait que notre intérieur soit « nickel ». Donc, le samedi précédant Pâques on participait à des confessions. Le curé faisait appel à des confesseurs « étrangers » car c’était moins gênant pour les fidèles d’aller avouer ses faiblesses à un étranger qu’à un prêtre qu’on fréquentait presque quotidiennement. Souvent ce ou ces confesseur(s) étranger(s) restaient jusqu’à la messe du dimanche matin pour entendre les retardataires qui pouvaient encore avouer leurs fautes durant la messe. Le « guichet » restait ouvert du début de la messe à la consécration. Gamins, nous regardions ces grandes personnes entrer dans le confessionnal, et ce qui nous intéressait était la durée du passage de la personne dans le confessionnal. Nous supposions que plus cela durait et plus le fidèle avait des fautes à se faire pardonner. . Notre imagination allait bon train. Quels péchés avait-il commis ? Avait-il volé ? Avait-il commis une impureté, sans trop bien savoir ce que terme renfermait ? S’était-il battu, ou pire avait-il tué quelqu’un ? Peut-être avait-il commis un péché mortel ? Car il existait des péchés véniels (petits) et des péchés mortels (grands, graves).

Bref, après avoir avoué ses fautes et avoir communié, on était tranquille pour un an, du moins pour les plus tièdes qui ne pratiquaient qu’occasionnellement.


​​Il faut aussi savoir que les messes où on communiait se célébraient très tôt, huit heures voire sept heures trente. Car, il fallait être à jeun, aussi bien de liquides que de solides. Imaginez les braves fermiers qui s’étaient levés dès l’aube, qui avaient trait, soigné les bêtes, veaux, vaches cochons, couvées, qui s’étaient rafraîchis, et mis leur bon costume pour être à l’office ! Ils n’auraient pas pu attendre des heures sans manger pour aller à une messe plus tard dans la matinée.

Dès la messe « basse » terminée, tout le monde rentraient déjeune. Puis, le jour de Pâques, on se retrouvait à la « grand-messe ». Elle avait lieu à 10 heures. C’était souvent une messe chantée par la chorale.

Pâques était le jour où les vêtements d’été remplaçaient les vêtements d’hiver. Où les chapeaux à fleurs remplaçaient les chapeaux à plumes, chez les femmes. Et aussi, où les femmes étrennaient de nouvelles robes et manteaux « deux saisons ». Je suppose que tout en récitant le chapelet et en répondant évasivement aux injonctions du curé qui se retournait vers les fidèles pour la circonstance, la plupart de ces dames méditaient sur les nouvelles tenues de leurs voisines.

Mais « faire ses pâques », c’est aussi faire sa communion pour les enfants et jeunes adolescents. Il y a les « petites pâques », la petite communion qui se faisait à l’âge de 7 ans, le jeudi saint à la messe du matin, sans falbalas comme on fait maintenant. Et puis il ya ses « grandes pâques », sa grande communion à l’âge de 12 ans. Et là, il y avait une fête pour la famille et les amis.

Quand on voulait savoir l’âge d’un grand garçon, on répondait souvent, en wallon : « A fait ses Päques (prononcez Ponques) », ce qui signifiait qu’il avait au moins 12 ans.

Ne croyez pas que j’écris ces quelques mots pour me moquer. Bien au contraire, c’était ainsi et on ne se plaignait pas. Mais, avouons-le, les choses ont bien changé et personne ne s’en plaindra.

Bonne fête de Pâques !

#VillageetViTiyou #2016